O comme Odorico.
Ils s’appelaient Pierre, Joseph, Gustave, Jean… Ils sont morts durant la grande boucherie de 1914-1918. C’est en leur mémoire que le conseil municipal de Feins décida, comme quasiment tous ceux de France au lendemain du conflit, d’honorer ces vies sacrifiées.
Le choix du monument témoigne de l’état d’esprit qui prévaut à leur commande. Certaines communes choisissent des soldats dégoupillant des grenades, chargeant baïonnette au fusil ou brandissant une couronne de lauriers comme à Andouillé. D’autres, affichant des positions plus pacifistes, préfèrent mettre en scène « ceux/celles qui restent » : des femmes, des enfants ou des parents pleurant leurs disparus, revendiquant un « plus jamais cela ». Le modèle retenu par le conseil municipal de Feins le 22 mai 1921 choisi pour Feins est un entre-deux, patriotique mais moins belliqueux que d’autres.

© collection privée
Le business du monument
Le coût estimatif des dépenses est estimé à 12 300 francs que le procès-verbal détaille ainsi : 7 000 francs pour le piédestal en granit ; 425 francs pour la palme en bronze ; 527,85 francs pour l’inscription des noms ; 3 500 francs pour la statue ‘Le Poilu’ ; 547,45 pour le transport et la maçonnerie et 300 francs enfin d’honoraires à l’auteur du projet (M. Renault, architecte-voyer à Saint-Aubin d’Aubigné qui a dû signer une bonne partie des monuments aux morts du canton).
On passe deux marchés : l’un avec M. Chevrel, carrier à Chevaigné pour fournir le granit taillé, réaliser la gravure et assurer la mise en place ; l’autre avec le fournisseur exclusif du « Poilu au repos », une création du statuaire toulousain Etienne Camus reproduite en série par un atelier du Vaucluse qui a le monopole de sa commercialisation. Le soldat de bronze, haut de 1,60 m et « patiné inaltérable » est expédié en port dû à la gare de Montreuil-sur-Ille.
Le monument est inauguré en fin d’année 1921, et le conseil municipal adresse une demande d’aide au Département, même si la réalisation lui a coûté un peu moins cher que ce qu’il avait budgétisé.

© musée de Bretagne, Rennes
Inaltérable, mais pas éternel
Aujourd’hui, c’est un pyramidion en granit qui surmonte le piédestal. On peut imaginer que le poilu ait été fondu durant la Seconde Guerre mondiale ? Aucune mention cependant de son démontage dans les procès-verbaux des conseils municipaux, ni de la commande des panneaux rappelant 4 batailles majeures du conflit – Verdun, la Marne, l’Yser et la Somme – disposés autour du monument. Un dessin préparatoire conservé au musée de Bretagne indique qu’il s’agit d’une réalisation des ateliers Odorico et Baudoux. Même si la réalisation est moins colorée que ce que l’on habitué à admirer des célèbres mosaïstes rennais, Feins peut donc s’enorgueillir d’une création originale en place d’une pièce de série !

© Gabriel Boyer
Un article rédigé par Elisabeth Loir-Mongazon de Feins.
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