B comme Beurre

En septembre et octobre 2025, des résidents de l’EHPAD de Saint-Aubin d’Aubigné ont choisi de parler « beurre ». Parce que le beurre fait lien entre ceux qui ont vécu ici et ceux qui arrivent parce que leurs enfants résident à proximité (on peut être « nouvel arrivant » du territoire également dans les EHPADs !). Et parce que le beurre raconte une histoire de fabrication que beaucoup aujourd’hui ignorent.

Pour faire du beurre, il fallait d’abord traire les vaches.
Le lait, tiède encore, reposait dans la grande bassine.
On l’écrémait, on laissait la crème reposer avant de la verser dans la baratte.
Et puis on tournait, on tournait, jusqu’à ce que le bruit change, que la baratte devienne lourde — signe que le beurre était là.
Le reste, le lait baratté, c’était pour les cochons ou pour les enfants.
Puis venait le geste du sel : versé à l’œil, goûté aussitôt, ajusté jusqu’à ce que cela corresponde au goût familier.

La fabrication du beurre à la baratte, mise en scène réalisée dans un studio de photographe, années 1950-1960
© Kenleur Bretagne, collection Théguel

Le beurre, ça se faisait au rythme des saisons. Dans des moules à beurre sculptés dans certaines familles pour identifier l’origine de fabrication.
L’hiver, il fallait de la chaleur dans la pièce, parfois un peu d’eau chaude dans la crème pour qu’elle prenne.
L’été, on le mettait au frais, au fond du puits, dans sa jatte.

Pendant la guerre, on faisait avec les moyens du bord.
Pas de baratte ? Qu’à cela ne tienne.
Une bouteille, un peu de force dans les bras, et une aiguille à tricoter pour aller chercher le beurre au fond.
On appelait ça le “système D”.

Sur le marché, certains trichaient un peu —
Il y a des eu des petits filous qui glissait une pomme de terre dans la motte pour la vendre plus cher.
Mais les marchands connaissaient la ruse :
un coup de couteau dans le beurre, et le secret était percé.

Le marché au beurre de Saint-Brice-en-Coglès
© collection privée

Le bon beurre, c’est d’abord la bonne herbe.
Le trèfle, le foin, la betterave donnaient douceur et parfum.
La “Navette”, elle, rendait le beurre jaune et fort en goût.
Et les vaches normandes, avec leur lait gras, faisaient le meilleur.

Une résidente se souvient du jour où elle a eu le deuxième prix du beurre.
« J’avais vingt-cinq ans. J’en tremblais à la remise des prix, après le comice.
C’était un moment émouvant. Mon beau-père m’avait appris à reconnaître le bon goût. »

Quand on parle du beurre, les visages s’éclairent. Ce n’est pas qu’un aliment :
c’est un savoir-faire, un parfum d’autrefois,
le souvenir du pain chaud et du geste sûr,
le goût du travail bien fait — et partagé.

photo ancienne hall au beurre de Melesse devenue un coiffeur
Ancienne halle au beurre de Melesse
© Région Bretagne, Inventaire du patrimoine, 2005

Un article rédigé par Laurence Durand-Valery de Montreuil-le-Gast, avec la participation des résidents de l’EHPAD de Saint-Aubin-d’Aubigné

Comments are closed