La source qui ne se tarit jamais.
A Melesse, la pluviométrie moyenne est de 700 mm, mais en 1921, elle a été de moins de 400 mm, 480 mm en 1949 et 550 mm en 1976. Pour une communauté rurale, abreuver les animaux est un impératif. Une vache boit de 40 à 80 litres d’eau journellement.
Mais où trouver de l’eau lorsque la plupart des puits et des mares sont à sec ? Pour les habitants du bourg de Melesse, il y avait heureusement la source des Rigons.
Traverser ces périodes de sécheresse.
Le recteur Pinault rapporte que le 16 octobre 1921, les habitants sont venus en nombre et en procession, bannières en tête, dans les prairies du Bas-Bourg remercier la source d’être restée en eau et inaugurer une nouvelle fontaine. Le terme « fontaine » qu’il utilise indique qu’un aménagement a été fait pour faciliter l’accès à l’eau et le puisage.
En 1949, Jo – qui avait 9 ans – se souvient que le puits de ses parents, 5 rue de Rennes, était à sec. Il a dû aller plusieurs fois par semaine avec un cheval aux Rigons remplir un fût pour abreuver les cochons en veillant à ce que le seau soit bien propre pour ne pas salir l’eau. Yvonne (née en 1929) se rappelle que cette même année, les charrettes venaient de partout et faisaient la queue. Il fallait arriver de bonne heure. On remplissait 2 ou 3 bacs et on attendait 5 minutes que l’eau revienne à niveau. Les parents de Germaine (née en 1936) eux, tenaient la boucherie du centre bourg. Elle allait aussi chercher de l’eau pour abreuver les animaux que l’on tuait ensuite dans l’arrière-cour. Il y avait bien une pompe dans la cour qui donnait encore, mais il ne fallait pas le dire. Si ça s’était su, tout le village serait venu et il n’y aurait plus eu d’eau pour faire la charcuterie.
Marie-Hélène et René se souviennent qu’en 1976, ils étaient encore plusieurs à s’approvisionner aux Rigons. Le recteur Launay s’y était même rendu pour demander de la pluie pour les agriculteurs.
Oubli et redécouverte
Avec la généralisation de la distribution d’eau potable, la fontaine est tombée dans l’oubli. Elle n’avait rien de miraculeux pour les citadins, alors les ronces et les orties s’en sont emparés et le filet d’eau salvateur se perdait dans un petit marécage.
En 2021, les souvenirs des anciens ont retenu l’attention du budget participatif de la commune. Dans le parc du Quincampoix, la source des Rigons (pour les melessiens), des Hérigons (comme la désignait le recteur en 1921) ou de la Haie Legon (ainsi désignée sur le cadastre de 1827) a repris vie. Le puits a été nettoyé et curé. L’eau serpente aujourd’hui dans un écrin de verdure, entre joncs et fougères, pour rejoindre le ruisseau du Quincampoix. Un panneau raconte l’histoire de la source aux promeneurs, et les regards attentifs sauront identifier les empreintes et traces des animaux qui viennent s’y abreuver.





Un article rédigé par René Marhem de Melesse.
Comments are closed