Pendant plusieurs années, j’empruntais tous les matins la route entre Aubigné et Saint-Germain-sur-Ille pour aller travailler.
En hiver, j’avais souvent la chance que mes horaires correspondent à ceux auxquels apparaissaient les premières lumières du jour. Au fil des trajets, j’avais repéré des coins privilégiés pour s’arrêter en profiter quelques instants.
C’est comme ça que j’ai identifié ceux que j’ai appelé « mes jumeaux d’Aubigné », deux chênes déformés par les coupes successives, mais liés depuis des années par leur proximité et leurs silhouettes.
J’avais pris l’habitude de m’arrêter les saluer aussi souvent que je le pouvais, de les photographier et de les partager via un réseau social. Ils étaient devenus familiers pour ceux qui suivaient mes publications, à tel point que lorsque certains amis venaient à la maison, ils me demandaient d’aller les voir « en vrai ».


Changement de route
Il y a un peu plus de 3 ans, mon bureau a déménagé, et je prends une nouvelle route pour m’y rendre.
Je ne rends plus visite aussi souvent à mes jumeaux de bois, mais profite dès que possible d’autres trajets ou de détours pour passer les voir. Rarement néanmoins dans les lueurs de l’aube.
Il m’arrive aussi parfois d’avoir peur pour eux. Le dessin de la route et la topographie du terrain font qu’en prenant la route en sens inverse, il faut attendre d’être quasiment à leur hauteur pour qu’ils apparaissent. Quelques centaines de mètres à espérer qu’ils n’ont pas été blessés par une tempête, pas non plus été bucheronnés…
J’aime le bocage et connais de nombreux autres arbres plus beaux ; d’autres avec des silhouettes singulières, mais c’est avec ces deux-là que s’est inscrit une affection particulière, sans connaitre la personne à laquelle ils appartiennent.
Peut-être lira-t-elle un jour cet article ? ou peut-être quelqu’un les reconnaitra et lui soufflera que ces deux chênes un peu gauches ont une histoire pour quelqu’un d’autre.
Un article rédigé par Elisabeth Loir-Mongazon de Feins.
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